les neiges du Mont Hutt.

Gosier, le bungalow

Guadeloupe

22 avril 1990 - 18  mai 1990

Christian est ingénieur chez Alsthom, depuis quelques années maintenant. C’est un travail qui demande compétences et disponibilité. Cela tombe bien, Christian est un professionnel méticuleux et un grand voyageur. Nous nous connaissons depuis l’enfance. A dix sept ans nous avons parcouru les routes de Cornouailles à bicyclette. L’année suivante, c’est encore au guidon de ce lourd mais robuste Peugeot qui nous nous attaquons aux Tourmalet, Aubisque et autre Aspin. Ensemble, nous avons parcouru les sentiers des Vosges et descendus les pistes de Alpes.

Puis Christian a entamé ses déplacements professionnels. Ses lettres timbrées en témoignent : Côte d’Ivoire, Guinée, Cameroun, Thaïlande, Malaisie, Mauritanie, Egypte, Inde, Brésil, Corée, Japon, Chine, Australie.

Après deux rendez vous manqué en Cote d’Ivoire puis en Thaïlande, un bras cassé va réparer cet oubli. Christian rentre d’une mission au Brésil, aux bras d’une charmante

femme. Il fait étape en Guadeloupe où une turbine a rendu l’âme et attend que j’y poursuive ma rééducation. L’ilet du Gosier n’est qu’à un kilomètre de son bungalow et nager tous les jours et y revenir me fera le plus grand bien, me dit-il. Il n’en faut pas plus pour me convaincre. J’abandonne kiné et soins coûteux, ciel gris et giboulées glaciales pour les eaux chaudes des Caraïbes.

Pointe à Pitre.

Dimanche 22 avril 1990

« Bungalow  à Gosier, demande Jean Claude » Indice assez pauvre, mais je vais devoir faire avec !Christian , aéroport du Raizet 1990

 C’est donc en toute discrétion que je débarque d’un vol Aéromaritime,  le 22 avril 1990. Il est 18h35 et il fait nuit. Je précède d’une journée le télégramme annonçant ma venue. Qu’importe, par un hasard extraordinaire, mon ami Christian est venu ici déposer un plan de vol pour le lendemain. Je le vois s’éloigner dans le hall, crie son nom, il se retourne…

-          « Denis, qu’est ce que tu fais là ? je ne t’attendais pas si tôt !»

 Nos retrouvailles vont se noyer à la marina de Pointe à Pitre qui n’accueille pas encore la route du Rhum, mais quelques  punch, accompagnés d’accras feront l’affaire. Suivra un délicieux kalalou qui, après ces excès, sera le bienvenu. An pété-pied , un dernier punch,celui qui « casse les jambes »,viendra anéantir les bienfaits de cette soupe. Usé par le décalage horaire, je dors comme une souche. Je me réveille tôt, le souffle irrégulier et la langue poisseuse.

Gosier 1990

Lundi 23 avril : premier soleil , premières brûlures et premières cloques le 27. Protection n°4 : insuffisant ! Un pied coupé sur un récif le 26, cicatrisation difficile…Ainsi passent mes premières journées: mes cheveux blondissent, ma peau rougit, pèle puis enfin brunit.

Baie Mahault

Jeudi 26 avril

 Ce soir Christian me réserve une surprise ; quelque chose d'original demandant une bonne dose d’équilibre… Nous parcourons quelques kilomètres vers le nord et Baie Mahault là où la mangrove couvre la zone côtière. Une variété de palétuvier nommé mahotou ou mahot abonde dans la région et a donné son nom à la baie. Nous stoppons au plan d’eau. La mer est calme, le ciel gris et au loin, de lourds nuages déchirent le ciel. Des cocotiers martyrisés témoignent de la violence du cyclone Hugo qui a dévasté la Guadeloupe le 17 Septembre 1989. Mais aujourd’hui le grain qui vient de s’abattre sans crier gare est tout à fait courant en cette saison.

AGSN 1990

L’A G S N, Association Guadeloupéenne de Ski Nautique est un club ouvert depuis 18 novembre 89, comme c’est écrit sur le panneau. Le menu propose initiation slalom, figures, sauts et barefoot .Si certains pratiquent une variante nu-pieds j’opte pour un long ski. Celui ci  ressemble aux skis alpins, mais il est plus large. Je m’éclate, bois beaucoup d’eau, mais après d’utiles corrections, je maîtriserai la planche. Demain, je ferai connaissance avec Juliette Romeo, un Piper PA-28 bleu blanc rouge du plus bel effet…

 



Publié à 13:27, le 1/06/2013, Guadeloupe
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Tourment d'amour

Ilets Pigeon

Mardi 1 mai 1990

Christian est un sportif accompli ; motard ou skieur, véliplanchiste ou plongeur, il enchaîne prudemment conquêtes et passions .Ce qui parfois revient à  faire le grand écart ! Et c’est dans l'un des plus beaux "spots" en Guadeloupe, la réserve Cousteau des ilets Pigeons, qu’il me fait découvrir la plongée. Ouvert depuis deux ans, le lieu est situé à Bouillante dans l'ouest de la Basse-Terre en côte sous le vent. Une petite plage de sable noir volcanique s’étend sous les cocotiers .Le site rocheux et sec n’est pas encore très fréquenté. Aux bouteilles, je préfèrerai le tuba et les palmes. La paillotte « Chez Toulouse » nous accueille aux accents d’un zouk que tourmente un ventilo poussif. On avale un colombo de poulet sous un soleil couchant de carte postale.

CIP 1990

           

Les saintes

Dimanche 13 mai 1990

Le Piper PA-28 Cherokee est un avion léger à quatre places et à train fixe. Christian maîtrise les 150 chevaux de ce six cylindres, car il pilote depuis maintenant cinq ans. Comme c’est un amateur consciencieux, nous sommes partis à plusieurs reprises pour des séances de décollage-atterisage (touch and go) au Raizet. J’ai découvert à ses côtés un autre aspect de l’île. Un écrin de verdure, taché de toits rouges entouré d’une eau limpide allant du bleu marine au bleu azurin.

Christian et moi

L’ilet du Gosier se fait remarquer, mais à 900 pieds, on oublierait presque la présence du phare dressé au sud de l'île. Nous laissons la Soufrière à notre gauche et mettons le cap vers les Saintes. Découvert au cours de son deuxième voyage par Christophe Colomb, ce chapelet d’îles posé sur une mer turquoise a été baptisé Los Santos en l’honneur de la Toussaint.

 Situé à quatorze kilomètres au sud de la Guadeloupe, quinze minutes nous suffisent pour rejoindre l’archipel.

Avec un bon alizé de face d’une vingtaine de nœuds, l'atterrissage pourrait sembler facile. Ce n’est pas le cas. On arrive de biais et il faut bien viser avec le relief qui encadre l’aérodrome, pour en final, être dans l'axe de la courte piste.

On rase les cases au toit rouge, l’approche est rapide, trop sûrement. Les roues touchent le sol, l’avion roule, mais les rouleaux de la  plage de Grand Anse grossissent à vue d’œil, trop vite... On est trop long. Calmement Christian remet les gaz, l’océan défile sous les roues. Le deuxième essai sera le bon.

La rade, le fort Napoleon 1990

 Verte d’en haut, l’île est plutôt peu jaunie. L’eau des pluies, trop rares ou trop violentes, pénètre rarement la terre en profondeur. Des arbustes étriqués et des plantes grasses résistant à la sécheresse s’accrochent aux pentes abruptes des mornes. Exquis et ravissants tropiques, mais gare aux apparences ! Toxique de la tête au pied, le mancenillier est un arbre à l’ombre duquel il ne faut s’endormir. Il provoque de graves brûlures, même sous la pluie. Gare aux chiens aussi, ils traînent partout. Si ce gros noiraud a l’air bienveillant, qu’il garde ses parasites !  Natte et claquettes obligatoire  sur la plage. De toute façon, si celle de Grand Anse semble belle vue du ciel, elle est dangereuse et reste interdite à la baignade. La houle y a laissé toute sorte de déchets végétaux et animaux mais aussi jouets, sacs en plastique, canettes , paquets de cigarette, filets et fils à pèche mêlés : une bien triste carte postale !

 Le fort Napoléon, au sommet du Morne Mire, nous offre ses cactus-cierges  et une superbe vue sur la baie. Celle-ci a même son pain de sucre, et Christian qui vu Rio s’y retrouve un peu. La promenade sur le chemin de ronde est plaisante. Son jardin exotique renferme frangipanier, agaves, aloès, et cactus-tête à l’anglais… Fait-il référence au couvre chef des grenadiers de Buckingham ou les habitants ont-ils gardé une "épine" contre les anglais après le désastre de la flotte française en 1792 ?

Rade des Saintes 1990

Au pied du morne, une dizaine de barques multicolores sont rangées face à la plage. Ancrée dans la roche une maison blanche aux volets bleus, en forme de bateau, s’avance sur le rivage...

Après midi à arpenter l’île dans l’indifférence des saintois accoutumés à être envahis régulièrement. Dans cette île où aucune culture n’est possible, la vie est rude et le tourisme  une nécessité pour ses habitants. Nous les rencontrons ainsi à l’ombre d’un arbre, réparant leurs filets ou à la terrasse d’un café où les vieux jouent bruyamment aux dominos.

Nous quittons l’île non sans avoir goûté au tourment d’amour, ce délicieux petit gâteau à base de noix de coco, vendu par les grand-mères du village et que chantera  Francky Vincent un plus tard.



Publié à 20:01, le 13/05/2013, Les Saintes
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Dernier été

 

Mai 1990, aérodrome des Saintes,

Christian, son amie brésilienne (masquée) et moi

 

Perth, Australie, décembre 1990.

Christian vole sur ce continent depuis cinq mois. Je reçois une photo de mon ami en short au milieu du Bush posant devant un Beechcraft Bonanza. Pour fêter sa centième heure de vol au pays, une Jaguar l’attendait à l’atterrissage…

En 1991, Christian traverse l’Australie d’ouest en est à bord d’un Piper Arrow. Nous promettons de nous voir au pays des Kangourous l’année suivante.

  Janvier 1992,  je pars pour l''Indonesie , visa australien en poche. Rendez vous manqué ! L’oiseau est en Asie sur un autre chantier. Je traverse Java en train, passe quelques jours à Yogja visite Borobudur puis m'installe à Bali. J' y resterai quelques semaines,  le visa inutile. Je pousserai la curiosité jusqu'à m'envoler vers Manado au nord est de Sulawesi.

Puis mon vieux complice poursuit sa moisson de pays. Je recevrai régulièrement ses lettres d'outre mers, témoignant d'une intense activité émergeante en Asie : Corée, Japon, Chine, Malaisie.

 Nos routes se croiseront à plusieurs reprises en France où il rentre régulièrement . Nous survolerons les Vosges à plusieurs reprises mais c'est  l' Australie qui l'attire. Il adore ce pays où " je vole énormément pour mon job " m'ecrit-il, pratique le vélo , plonge avec les dauphins à Shark Bay ou croise le requin pélerin près des côtes à Exmouth.

«  …dans un mois, je chausserai les skis en Nouvelle Zélande.. » m’écrit-il fin juillet 1997.

Alors que les vacances s’achèvent en France, Christian, qui n’a jamais fait comme tout le monde descend les pistes du Mount Hutt. Ce 25 août, le temps est maussade, le vent violent et à la fin de la journée, Christian ne rejoint pas le bus qui doit le ramener à la station. La météo empêche les secours de le retrouver. Le 26, des bâtons ont été repérés contre la paroi sud très escarpée de la montagne parmi les débris d’une avalanche. Il semble qu’il l’ait déclenchée alors qu’il traversait la pente. On ne retrouvera son corps dans ce secteur que deux mois plus tard . 

Christian dans le Bush  ; pour sa 100 eme heure de vol en Australie ,

on est venu le chercher en Jaguar... Adieu l’ami !



Publié à 23:39, le 1/05/2013, Perth
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